Amsterdam 2018

26 juillet 2018 | AIDS 2018 : La COCQ-SIDA rencontre la ministre Petitpas-Taylor

Mme Ginette Petitpas-Taylor, ministre fédérale de la Santé, a reçu une vingtaine de Canadien·ne·s présent·e·s à la conférence AIDS 2018 pour discuter discrimination et stigmatisation. René Légaré, notre coordonnateur des communications, était sur place pour rencontrer la ministre (photo de gauche).

Cette dernière a commencé par la présentation des statistiques canadiennes de l’objectif 90-90-90 :

  • 86% de la population séropositive connaît son diagnostic;
  • 81% de cette population est en traitement;
  • et 91% de la population en traitement a une charge virale indétectable.

Malgré ces bons résultats, la ministre ajoute que la lutte n'est pas finie et qu'il reste encore beaucoup à faire pour rejoindre le 15% de personnes non diagnostiquées. Pour les rejoindre, le Canada se doit d'améliorer la façon dont il lutte contre les discriminations et la stigmatisation.

La ministre a alors demandé à l'audience comment le Canada devait agir pour atténuer ces impacts négatifs. Voici les points abordés par les personnes présentes:

  • Augmenter le niveau de connaissance des professionnel·le·s de la santé;
  • Faire en sorte que la science l'emporte sur les croyances (en référence à la PrEP et à la criminalisation);
  • S'assurer que les programmes VIH en prison soient maintenus et deviennent disponibles dans tous les pénitenciers fédéraux;
  • Être leader du combat en affirmant publiquement que I=I;
  • Assurer un leadership pour que les populations clés soient au coeur du combat;
  • Assurer un leadership pour que toutes les provinces couvrent la PrEP (sur ce point, la ministre croit qu’un régime d’assurance médicaments fédéral permettrait de contrer cette lacune).

L'un des participant·e·s a soulevé le fait qu'il existe aussi une cascade propre à la stigmatisation qui, partant de l'acte discriminant, se termine par le suicide ou le meurtre.

On soulève aussi le fait que le silence nourrit la discrimination, en référence au fait qu'au Canada, la dernière campagne de communication remonte à 2006 et que depuis, c'est le silence radio. Ce silence nourrit le sentiment que l'épidémie est terminée et qu'il n’y a pas lieu de s'y intéresser. On demande alors à la ministre de considérer la possibilité de travailler à la mise en place de campagnes de communication grand public et à l'attention des diverses populations clés.

Cette liste de recommandations démontrent combien le combat n'est pas terminé, et tout le travail qu'il reste à faire pour atteindre les 10% restants de l'objectif 90-90-90.


26 juillet 2018 | AIDS 2018 : Combattre la criminalisation du VIH, une lutte sans repos

Après avoir été trop souvent laissée de côté dans le cadre de la conférence internationale, la question de la criminalisation reprend décidément la place qui lui revient dans cette 22e édition.

La COCQ-SIDA a assisté à la session "The Defence does not Rest: Resisting the Criminalization of HIV", entièrement consacrée à cette question qui se retrouve à l'intersection du sexe, de la science et de la stigmatisation.

Sally Cameron du HIV Justice Network a abordé la question du refus des tribunaux de s'approprier les plus récentes données scientifiques, ce qui a pour effet de perpétuer la stigmatisation, la discrimination, et d'augmenter le risque que des personnes vivant avec le VIH soient criminalisées en raison de leur statut sérologique. L'incapacité des tribunaux à correctement interpréter les études et la science fut également abordée par Richard Eliott dans sa présentation sur la situation juridique au Canada et les initiatives communautaires – dont la Coalition canadienne pour réformer la criminalisation du VIH – qui visent à la faire changer.

Consciente du potentiel que peut avoir la science lorsqu'elle est adéquatement présentée, interprétée et utilisée dans le système judiciaire, Sally Cameron est toutefois nuancée. Brandir la science comme la panacée de la criminalisation, et voir le traitement et l'adhérence au traitement comme la clé de voûte de la question risque de laisser de nombreuses personnes derrière. Ainsi, on retient que la science ne résoudra pas à elle seule la question de la criminalisation, mais a le potentiel de réduire le nombre de personnes vivant avec le VIH qui se retrouvent devant les tribunaux en raison de leur statut sérologique. Il faut toutefois s'assurer que la science ne devienne pas un fétiche avec lequel les personnes qui n'ont pas accès au traitement se retrouvent d'autant plus stigmatisées.

Cette idée a été confirmée par la présentation d'Andrea Krüsi portant sur les femmes marginalisées vivant avec le VIH. La chercheure et son équipe ont procédé à une étude auprès de nombreuses femmes vivant avec le VIH en Colombie-Britannique afin de déterminer leur capacité à maintenir une charge virale indétectable sur une période de six mois. Cette étude repose sur le moratoire des poursuites en non-divulgation qui a été adopté en Ontario et qui exige que la personne vivant avec le VIH démontre qu'elle a pu maintenir une charge virale indétectable pendant au moins six mois. Les résultats de l'étude démontrent que plus de la moitié des femmes – souvent à l'intersection de plusieurs facteurs de marginalisation – n'ont pu maintenir leur charge virale indétectable et seraient à risque de poursuite si elles vivaient en Ontario.

Finalement, la présentation de Ayako Ochoa sur le processus – réussi ! – de réforme législative en Californie nous a rappelé que la lutte n'a pas à se terminer avec le changement d'une loi, que le travail de promotion des droits des personnes vivant avec le VIH se poursuit au-delà de tel changement et qu'il sera d'autant plus efficace s'il est le fruit d'une collaboration entre divers·es acteur·trice·s ("cross-activism").

En fin de journée, la session "Realizing Rights in the HIV Response" se voulait l'occasion de réfléchir sur les meilleurs moyens de promouvoir les programmes de défense des droits dans la lutte contre l’épidémie : les développer, les promouvoir, les financer et les évaluer. D'aucun·e·s s'entendaient pour dire que les barrières aux droits humains et aux services constituent désormais la principale barrière à la fin de l’épidémie, un point qui a été central à la présentation organisée par le Fonds mondial. La question du contexte actuel, dans lequel la situation des droits humains semble régresser et où les droits humains se retrouvent, à plusieurs endroits, érodés, a bien sûr teinté le propos des présentateur·trice·s.

Encore une fois, l'idée de tisser des liens forts entre les différents acteur·trice·s ("cross-activism") est ressortie, afin de consolider les ressources et fortifier la résistance devant des environnements politiques hostiles. La nécessité de revoir les mécanismes d’évaluation des programmes de défense des droits humains a également été abordée. En effet, il a été suggéré de revoir les évaluations de programmes afin d'en mesurer les succès plutôt que les échecs.

Au final, la preuve est claire : les programmes visant à vaincre les barrières dans l'accès aux services et défendre les droits humains fonctionnent et ont un impact positif en matière de santé publique, d'où la nécessité de les penser, les forger, les entretenir, les financer et les évaluer de manière holistique soit de manière à ce qu’elle tiennent compte des avancées scientifiques, des lois de santé publique et, évidemment, des droits humains.

Cliquez ici pour plus d'infos à propos du nouveau consensus sur l'utilisation de la science dans les cas de criminalisation du VIH, rédigé par un collègue de Seronet.


26 juillet 2018 | AIDS 2018 : Les étoiles brillent 

Retour sur la première journée officielle de la conférence, le lundi 23 juillet, qui a démarré en force et sous une pluie d'étoiles. Tout d’abord, l'actrice oscarisée originaire d'Afrique du Sud, Charlize Theron (à gauche), a ouvert la séance plénière intitulée "Breaking Barriers of Inequity in the HIV Response" en discutant de l'impact de l'épidémie sur le continent africain.

L'actrice est à la tête du Charlize Theron Africa Outreach Project, lequel vise à soutenir des initiatives communautaires en matière de VIH qui tiennent compte de la personne dans sa globalité. "When you look at HIV and AIDS, you have to look at the factors that are driving it... you have to see why are these people getting infected", précise-t-elle. (Traduction libre: "Lorsqu'on parle de VIH et de sida, il faut prendre en compte les facteurs qui stimulent l'épidémie... il faut examiner les causes derrière les nouvelles infections.")

Les autres présentations ont poursuivi ce survol des iniquités dans la réponse au VIH; iniquités entre certaines populations, iniquités dans l’apparition et/ou la persistance de certaines problématiques telle la difficulté de rejoindre certaines populations à risque (dont les communautés autochtones), l'impact des politiques répressives en matière de drogues et les liens entre les traitements de substitution et l'adhérence au traitement, ainsi que la criminalisation du VIH et le rôle des médias dans la lutte contre la stigmatisation.

C'est après la présentation de cet état des lieux que le Prince Harry, Duc de Sussex, et Sir Elton John (à droite) ont annoncé la mise sur pied de la coalition MenStar qui vise à améliorer l'accès au dépistage et au traitement pour les jeunes hommes sur le territoire africain, dans l'optique de voir la fin de l'épidémie d'ici 2030.

"Too many around the world are still ignoring the damaging knock-on effect on education and other community services from not prioritizing HIV prevention and treatment", a dit le Duc de Sussex (photo de droite). (Traduction libre: "Trop de gens à travers le monde ignorent encore les répercussions dommageables de la non-priorisation de la prévention et du traitement du VIH sur l'éducation et l'offre de services communautaires.")


25 juillet 2018 | AIDS 2018 : Conjuguons science et droits pour une meilleure justice – Publication d’un consensus d’expert·e·s internationaux·ales sur les connaissances scientifiques liées au VIH dans le contexte du droit criminel

En Idaho, Kerry Thomas (photo de gauche) purge deux peines consécutives de quinze ans pour ne pas avoir dévoilé son statut sérologique positif au VIH avant une relation sexuelle protégée par un condom, alors même que sa charge virale était indétectable. Bien qu'il n'y ait eu aucune transmission du VIH et malgré qu'il ait pris les précautions nécessaires pour éviter toute transmission, M. Thomas sera derrière les barreaux jusqu'en 2038.

Un siège – vide – lui était symboliquement réservé lors de la conférence de presse annonçant la publication d’une déclaration de consensus d’experts internationaux sur l'utilisation de la science dans le contexte du droit criminel. Cet article scientifique, intitulé "Déclaration de consensus d’experts sur la connaissance scientifique du VIH dans le contexte du droit pénal", est publié dès aujourd'hui dans le Journal of the International Aids Society.

Le cas de Kerry Thomas est loin d'être unique. Jusqu'à présent, 73 pays ont adopté des lois permettant expressément la criminalisation du VIH et 39 autres, dont le Canada, ont eu recours à des dispositions générales de droit criminel afin de poursuivre des personnes vivant avec le VIH pour non-divulgation de leur statut sérologique, exposition ou transmission involontaire du VIH. Le Canada se trouve parmi les cinq pays ayant le plus haut taux de poursuites liées au VIH (avec la Russie, les États-Unis, la Biélorussie et l'Ukraine). Cette application injuste du droit criminel à l'égard de certaines personnes sur la seule base de leur statut sérologique est non seulement discriminatoire et stigmatisante envers les personnes vivant avec le VIH, mais nuit à la riposte à l'épidémie en minant les efforts de santé publique et en portant atteinte aux droits humains fondamentaux.

Bien que les données scientifiques liées au VIH et sa transmission sont souvent utiles – voire essentielles – dans les dossiers de criminalisation du VIH, la plupart des tribunaux on peiné à les comprendre et à les appliquer adéquatement aux faits. C'est pourquoi, face à une application du droit pénal et criminel incompatible avec la science, vingt expert·e·s scientifiques en VIH ont rédigé une déclaration de consensus afin de s'assurer que l'application de la loi soit fondée sur une compréhension exacte et complète des données scientifiques actuelles. Ce consensus international, endossé par plus de 70 expert·e·s dont les docteur·e·s Marina Klein et Michel Alary du Québec, est donc un nouvel outil dans la lutte contre la criminalisation du VIH.

L'intention de ses auteur·trice·s est de permettre que tout·e scientifique appelé à témoigner à titre d'expert·e devant les tribunaux puisse être à même de vulgariser et expliquer la science de manière à prévenir sa mauvaise utilisation dans le contexte du droit criminel. La déclaration de consensus appelle également les acteur·trice·s des milieux judiciaires et politiques à s'assurer que la loi s’applique selon une compréhension juste de la science.

La déclaration de consensus aborde les modes et risques de transmission (par acte et selon celui-ci), les conséquences de l'infection à long terme et l'utilisation de l'analyse phylogénétique comme preuve de transmission. Elle confirme que la possibilité de transmission lors de divers actes, notamment sexuels, varie de "faible" à "nulle" et que donc, le risque de transmission par rapport sexuel non-protégé est très faible.

Elle réitère qu'il n'y a aucune possibilité de transmission lors d'une relation vaginale ou anale lorsqu'un préservatif est utilisé ou que la personne vivant avec le VIH avait une charge virale indétectable au moment de ou des acte(s) considéré(s) par la poursuite. Elle couvre également les questions des rapports oraux-génitaux, des rapports avec ou sans condom et actes impliquant la salive.

Malgré que cette déclaration de consensus international soit alignée avec l'énoncé de consensus canadien publié en 2014 et réitère certaines données scientifiques connues depuis déjà plusieurs années, la COCQ-SIDA se réjouit de sa publication. Peut-être sera-t-elle la clé de voûte des efforts – au Canada et ailleurs – pour que cesse le détournement de la justice criminelle pour ostraciser, stigmatiser et discriminer les personnes vivant avec le VIH. Comme nous le mentionnons dans notre position sur la criminalisation, il est plus que temps que le droit se mette au diapason de la science.

Cliquez ici pour plus de détails sur le contenu de la déclaration de consensus.


24 juillet 2018 | AIDS 2018 : Mieux rejoindre et impliquer davantage – les clés du succès auprès des "populations clés"

Quel a été le mot d’ordre d'une séance sur les populations clés tenue le lundi 23 juillet juste avant l'ouverture officielle de AIDS 2018 ? L'importance de rejoindre les personnes là où elles sont, pour leur faciliter l'accès aux services de santé, notamment via les pair·e·s éducateur·trice·s, les auto-tests et le web.

À titre d'exemple, citons une initiative de personnes qui consomment des drogues visant à vendre des auto-tests sur le dark web, là où plusieurs achètent leurs drogues. L'un des messages mis de l’avant est que les personnes consommatrices de drogues sont très adhérentes et qu'elles font preuves d'initiative pour s'assurer de préserver leur santé. La réduction des méfaits sauve des vies et seulement 12 pays suivent les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en distribuant 200 seringues par personne par année.

La reconnaissance que les personnes sont capables de se responsabiliser et de se prendre en main a été renchérie par la professeure Sheena McCormack de la clinique londonienne 56 Dean Street.

La Dean Express Clinic est unique par son utilisation de technologies permettant de répondre rapidement aux besoins de sa clientèle : sans médecin ni infirmière, l'enregistrement se fait par iPad par les patient·e·s eux- et elles-mêmes (photo de droite). Par exemple, les personnes peuvent faire un test de charge virale, recevoir les résultats par texto et aller chercher leur traitement après 18h si elles sont toujours indétectables et que leur état de santé est stable.

Un autre exemple est la présence de machines distributrices d'auto-tests (photo de gauche) dans les saunas gais qui, selon les expert·e·s, s'avère utile dans le contexte où les utilisateurs possèdent un minimum de connaissances en santé sexuelle.

L'important, selon les expert·e·s, est de recueillir des données et d'ajuster le tir au besoin, peu importe le type d’accès privilégié (vente de produits en ligne ou dans les lieux de fréquentation des populations visées, outreach sur les réseaux sociaux, information transmise par des influenceur·e·s, publicités payantes, etc.).

Un autre mot d’ordre est l'importance d'offrir une gamme de services complète (comprehensive). "C'est faisable !", lance-t-on. Les cliniques Tangerine Community Health Centre en Thaïlande et CliniQ en Angleterre en sont de beaux exemples. Par et pour les personnes trans, les services offerts incluent l’accès aux hormones, la santé sexuelle et le bien-être holistique (voir liste de services ci-contre).

Également, une étude sur la PrEP a choisi de l'offrir à des travailleuses du sexe en Afrique du Sud par le biais d'organismes communautaires les desservant, et ce, à travers ce type de services "comprehensive". Enfin, le Canada a présenté différentes stratégies mises en place dans les pénitenciers dernièrement, ou qui le seront sous peu, dont un programme d’accès à la PrEP (juillet 2018) et un programme test d'échange de seringues dans deux prisons (en cours depuis juin 2018).


24 juillet 2018 | AIDS 2018 : Créer des ponts entre science et justice, pas une mince affaire !

Retour sur les préconférences (22-23 juillet) où les droits humains ont occupé une grande place.

Dimanche 22 juillet, la Commission mondiale sur le VIH et le droit a tenu un dialogue international intitulé "Le VIH à l’ère de l’Agenda 2030 pour le développement durable". Six ans après la publication du rapport intitulé "Le VIH et le droit : risques, droit et santé" sorti en 2012, la Commission a profité de la tenue de ce dialogue afin de procéder à un état des lieux et lancer officiellement le supplément à son rapport fondateur. Pour la Commission, ce supplément était nécessaire afin de clarifier les recommandations contenues dans le rapport initial, mais aussi pour y greffer une nouvelle génération de recommandations, suite à l'évolution du contexte scientifique et politique.

Le dialogue était structuré en deux parties. La première portait sur les nouveaux enjeux juridiques et scientifiques liés au VIH, et la seconde portait sur l’importance du leadership politique et du financement dans la création et le maintien d’un environnement positif pour les personnes vivant avec le VIH.

Pour les organisateur·trice·s et les participant·e·s, c'était l'occasion de revenir sur les succès et les échecs des dernières années, de voir comment les acteur·trice·s du milieu ont utilisé et se sont approprié les recommandations de 2012 et de discuter des manières dont ils et elles envisageaient s'approprier celles contenues dans le supplément.

Cette journée de dialogue s'est conclue par le lancement officiel du nouveau document. Au cours de la journée, membres de la Commission, expert·e·s scientifiques, politicien·ne·s, membres des communautés et bailleurs de fonds furent invités à se prononcer sur le passé et le futur des recommandations de la Commission.

La coordonnatrice du programme Droits, Me Léa Pelletier-Marcotte, a été appelée à discuter de la contribution du Groupe de travail sur la criminalisation du VIH, soumise en amont de la tenue de ce dialogue, et plus précisément sur la manière dont ce groupe avait utilisé les recommandations de la Commission afin d’informer ses travaux. Elle a également été invitée à dresser un bref portrait de la situation au Canada en matière de criminalisation de la non-divulgation du VIH.

Ce lundi 23 juillet, la COCQ-SIDA a aussi participé à la rencontre "Beyond Blame", un événement biennal dédié à la lutte contre la criminalisation du VIH.

La journée a débuté en force avec un panel composé de personnes criminalisées en raison de leur statut sérologique. Particulièrement percutant fut le témoignage de Marama Mullen de la Nouvelle-Zélande qui, sans être elle-même criminalisée, milite contre la criminalisation du VIH depuis avoir dû agir comme témoin et participer – un peu malgré elle – à l'incarcération d’une personne vivant avec le VIH. La rencontre s'est poursuivie par la présentation de quelques développements marquants à travers le monde, un mélange à la fois doux et amer de bonnes et de moins bonnes nouvelles.

Les conclusions de ce panel sont que les effets de la criminalisation sont traumatisants, persistants, et susceptibles d’affecter, au final, toutes les personnes vivant avec le VIH.

Le troisième panel portait sur une mise en balance des avantages et des risques à utiliser la science dans nos efforts de plaidoyer en matière de criminalisation, surtout dans le contexte de "I=I". Les intervenant·e·s s'entendaient pour dire que l'état actuel de la science était un avancement majeur et qu'il devait être utilisé en matière de criminalisation. Or, il demeure un risque réel que ces études et ces résultats soient mal ou peu compris par les juges et les cours de justice. Ainsi, malgré le potentiel incroyable que représentent les données scientifiques – notamment dans la réduction des poursuites – il demeure que l'utilisation de ce genre de preuve comporte des risques réels, notamment dans la compréhension de leur contenu, mais aussi du fait de la stigmatisation qui peut en découler. Ainsi, ces arguments devraient s'accompagner de raisonnements de santé publique et de droits humains.

La journée s’est poursuivie avec une discussion portant sur la criminalisation dans une perspective féministe. Ces discussions ont convergé vers l'idée que les femmes se retrouvent disproportionnément affectées par de telles lois et de telles approches, notamment car elles sont plus à même de connaître leur statut sérologique et moins aptes à prendre des décisions liées à la gestion des risques en matière sexuelle.

La conférence s'est terminée par la tenue de trois ateliers distincts sur les stratégies légales, les relations avec les médias et les liens à développer avec d’autres mouvements anti-criminalisation. L'événement a été diffusé en direct, et la plupart des séances peuvent être visionnées ici.


24 juillet 2018 | AIDS 2018 : "The Yellow Brick Road" pour rendre accessibles les données des recherches sur la guérison 

Le chemin vers une guérison complète du VIH sera encore fastidieux, mais il ne se fera pas sans une collaboration entre les chercheur·e·s et les personnes vivant avec le VIH. Retour sur la préconférence sur la "cure", qui a eu lieu le samedi 21 juillet à Amsterdam.

Un atelier d'une journée sur la guérison s'est tenue le week-end précédent l'ouverture de la conférence AIDS 2018. Des chercheur·e·s renommé·e·s tel·le·s que Steve Deeks (UCSF, États-Unis), Sharon Lewin (The Doherty Institute, University of Melbourne, Australie) et des personnes vivant avec le VIH engagées comme Michael Louella, (DefeatHIV, États-Unis) et Fred Verdult (Volle Maan, Pays-Bas) y étaient réuni·e·s.

La journée a commencé par ce message : "ensemble nous allons construire la Yellow Brick Road", référence au roman Le Magicien d'Oz de L. Frank Baum, pour illustrer la métaphore du chemin qui, malgré les embûches, mène toujours à la destination souhaitée.

Reprenant cette image, Michael Louella a animé un atelier interactif où les participant·e·s ont noté sur des "post-its" jaunes, telles des briques, pour exprimer ce que la guérison doit être afin de construire ce chemin. Ainsi, les termes "accessibles", "universel", "gratuit", "sécuritaire", "permanent", "mesurable" et "pour éliminer la stigmatisation" ont été notés sur ce chemin de briques jaunes.

L'objectif de cette journée, accompli avec succès, était de donner un aperçu des recherches sur la guérison dans une langage scientifique vulgarisé et accessible aux personnes vivant avec le VIH non initiées à ce sujet, aux pair·e·s éducateur·trice·s, miliant·e·s, jeunes chercheur·e·s et chercheur·e·s non spécialistes sur ce sujet.

Il était intéressant de comprendre les différentes stratégies d’une guérison fonctionnelle qui existent actuellement et les débats entre les chercheur·e·s qui défendent une stratégie coûte que coûte et en réfutent une autre catégoriquement (discussions autour des stratégies "shock and kill" ou "block and lock").

De plus, la question controversée de l'interruption de traitement dans le cadre d'essais cliniques comme test de guérison ou pour obtenir un contrôle post-traitement a été soulevée. Défendue par le docteur Steve Deeks, cette question a été complètement contre-argumentée par le professeur John Frater (Oxford University, United Kingdom) qui précise qu'aujourd’hui, nous n’avons pas la garantie que cette intervention est sécuritaire, ni que c’est une intervention réaliste de guérison.

Enfin, l'espoir de trouver cette guérison est unanime parmi l'ensemble des panélistes. Les chercheur·e·s se sentent plus que jamais prêts à atteindre cette victoire et Fred Verdults, le leader du groupe "Positive Flame", précise que "c'est maintenant où jamais", car c'est une urgence sociale.


23 juillet 2018 | AIDS 2018 : I = I, la révolution

Bilan de la préconférence I=I qui a eu lieu le 22 juillet, à la veille de l'ouverture de AIDS 2018. Une journée entière à célébrer Indétectable = Intransmissible. Une journée où les émotions étaient palpables, où "je suis indétectable et je ne transmets pas le VIH" a résonné haut et fort.

Une journée où le slogan I=I, quoiqu'en pensent les réfractaires, a été proclamé sans équivoque, jouissant d'un important appui scientifique.

Le tout a débuté par une présentation du Dr Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases aux États-Unis. En survolant l’évolution de la science, il a démontré que les premières preuves de I=I ont surgi avant même l'apparition des premiers traitements. Il a aussi insisté sur l'importance de la prise en continu et telle que prescrite d'un traitement efficace pour rendre et maintenir la charge virale indétectable. Selon le Dr Fauci, il faut en moyenne six mois pour que la charge virale atteigne le niveau d'indétectabilité et que les sursauts (en anglais blips, ou la différence de charge virale entre le sang et les autres liquides biologiques) n'aient pas d'incidence sur l'intransmissibilité. D'autres grands scientifiques, dont le Dr Pietro Vernazza, chef de l'Unité d'infectiologie de Hôpital cantonal de St-Gall en Suisse, ont aussi affirmé et réaffirmé que I=I. Par ailleurs, le Dr Vernazza a été honoré, lui qui est l'instigateur de la position suisse sur l'indétectabilité. Sortie en 2008, cette position a été la première affirmation publique de I=I par un médecin.

En plus des scientifiques, des organisations communautaires ont présenté leur actions, telles des campagnes de communication grand public (Can't Pass It On au Royaume-Uni et The Institude of Many ou TIM en Australie) ou des activités de sensibilisation auprès de professionnel·le·s de la santé ou de décideur·euse·s public·que·s. Au Royaume-Uni, avant le lancement de la campagne Can't Pass It On, seulement 9% de la population générale était au courant qu'il n'y a pas de transmission du VIH lorsque la charge virale est indétectable. Cela dit, malgré la belle visibilité de cette campagne, 65% de la population britannique affirme encore qu'elle n'embrasserait pas une personne vivant avec le VIH.

Mais la crème de cette journée, ce fut toutes les personnes vivant avec le VIH de partout à travers le monde qui se sont appropriées I=I. Comme Erika, une femme trans qui affirme avoir enfin le droit d'aimer et d'avoir du plaisir sans peur. Qui affirme que son traitement protège celui qu'elle aime.

Finalement, une partie de la journée a été consacrée à la présentation des barrières qui nuisent à l'implantation de I=I. Citons les cas du Venezuela et du Guatémala, aux prises avec des conflits politiques, et celui de Porto-Rico dont le système de santé s'est écroulé suivant le passage des ouragans Irma et Maria. Unanimement, tous les conférencier·ière·s ont insisté sur le fait que de ne pas partager cette information constitue ni plus ni moins qu'un crime. Et contrairement à la criminalisation du VIH, I=I repose sur des données probantes solides. Qu'on se le dise et qu'on le partage : INDÉTECTABLE = INTRANSMISSIBLE.