Position sur la prophylaxie préexposition (PPrE/PrEP)

Voici le résumé de Position de la COCQ-SIDA sur la prophylaxie préexposition (PPrE/PrEP)

Contexte

Au cours des dernières années, l'utilisation des traitements antirétroviraux comme moyen de prévention (TasP pour "Treatment as Prevention") s'est ajoutée à la panoplie d'outils déjà disponibles pour prévenir la transmission du VIH. Le recours au TasP chez les personnes séronégatives est devenu une stratégie complémentaire à la suite de l'arrivée de la prophylaxie préexposition (PPrE ou, en anglais, PrEP). Plusieurs études cliniques ont été réalisées afin de vérifier l'innocuité et l'efficacité de la prise d'antirétroviraux dans le but de prévenir une infection au VIH chez les personnes séronégatives. C'est en 2012, du fait de sa haute efficacité démontrée, que les autorités américaines ont approuvé la prise du Truvada® sur une base quotidienne. 

Énoncé

L'outil préventif PPrE/PrEP, en prise quotidienne ou à la demande, a été confirmé efficace à la suite de nombreuses études cliniques, en fonction de critères stricts d'adhésion à la prise de traitement et de suivis médicaux réguliers. L'observation, dans certaines études, d'une augmentation du nombre de cas d'ITSS, là où la PPrE/PrEP est disponible, ne doit pas en limiter l'accès. La PPrE/PrEP peut faire partie, soit d'une approche de prévention combinée (c’est-à-dire, utilisée de manière temporaire ou transitoire par certaines personnes au fil de leur parcours, puis substituée par d’autres outils ou approches à d’autres moments de leur vie) ou être l’outil de prévention principal pour certaines personnes. En aucun cas, du fait de l'efficacité élevée de la PPrE/PrEP, les jugements de valeur ne devraient dicter la décision de rendre accessible ou non cet outil préventif. De plus, la PPrE/PrEP ne peut être retenue comme étant la seule et unique approche préventive. Elle s'ajoute à une diversité de méthodes qui, chacune, répond à des besoins spécifiques de prévention.

Explication

Dans le domaine de la prévention, les approches comportementales ainsi que l'utilisation d'outils tels que le condom ou le matériel d'injection stérile ont permis de stabiliser ou réduire le taux d'infection au VIH, sans toutefois l'éliminer. Dans certaines communautés, particulièrement celles des hommes gais et des hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH), on dénote un essouflement réel de l'utilisation des moyens de prévention classiques. Dans ce contexte, l'accessibilité à une alternative biomédicale peut changer la donne de manière efficace.

Le déploiement de la PPrE/PrEP et son ajout aux autres stratégies de prévention peut avoir un impact important sur l'épidémie du VIH, mais le soutien à l'ensemble des autres stratégies doit être maintenu et surtout bonifié si nous souhaitons connaître une diminution significative du nombre de nouvelles infections.

Nous demeurons extrêmement préoccupé·e·s face à la possibilité que les traitements antirétroviraux supplantent éventuellement toutes les autres stratégies de prévention, tant en termes de priorité de santé publique que de priorisation et de disponibilité des ressources. Nous avons de sérieuses réserves concernant un potentiel virage préventif vers le biomédical uniquement. Nous sommes également inquiet·ète·s qu’une telle approche ouvre la porte à d’éventuels recours au traitement sur une base obligatoire et contraignante. Nous ne voulons surtout pas assister à la mise en place d’injonctions thérapeutiques. En ce sens, le consentement éclairé demeure au centre de nos préoccupations dans le cadre de l’utilisation de traitements antirétroviraux comme moyen de prévention du VIH.