La criminalisation du VIH, une fausse sécurité

Publié le 4 mars 2024
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Cocq Sida - Criminalisation Juge

Montréal, le 4 mars 2024 — Le lundi 26 février 2024, on a vu la condamnation d’un homme trouvé coupable d’avoir caché son statut de séropositivité au VIH à ses partenaires et d’avoir transmis le VIH à deux femmes. N’ayant pas toutes les preuves en main, la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA) ne va pas commenter ce cas spécifique, mais affirme à nouveau que le droit criminel est nettement inadéquat comme outil dans la lutte contre le VIH/sida.

Indétectable = Intransmissible

Nous savons aujourd’hui que la prise d’un traitement antirétroviral supprime la charge virale du VIH au point où il n’y a pas de transmission sexuelle. Cependant, l’accès aux traitements et leur prise régulière sont semés d’embûches. Notamment, les coûts des traitements et la gestion de leurs posologies comme prescrites s’avèrent des barrières à cet accès et à cette prise régulière. La COCQ-SIDA croit fermement que les traitements antirétroviraux devraient être disponibles gratuitement afin d’enlever l’enjeu des coûts de l’équation santé et qu’un meilleur soutien à la prise régulière et conforme à la prescription devrait être offert à toutes personnes vivant avec le VIH.

La stigmatisation qui perdure

En tant que société, nous avons du mal à parler ouvertement de la sexualité, de la santé sexuelle et surtout du VIH sans jugement sur les mœurs des personnes concernées. Si nous voulons un jour vivre dans une société où tout le monde exprime ses réalités et discute avec ses partenaires des moyens à prendre pour assurer leur santé sexuelle, nous devons nous débarrasser de la honte et des jugements sur les autres. Une bonne communication permet à chacun·e d’assumer sa responsabilité pour sa santé et la santé de ses partenaires.

Rappelons-nous que la stigmatisation ne facilite pas la divulgation du statut de séropositivité au VIH auprès des partenaires, car elle peut entraîner des discriminations dans plusieurs sphères de la vie, dont plusieurs n’ont rien à voir avec la possibilité de transmission.

La prévention ne passe pas par les tribunaux

Aucune étude n’a démontré que la criminalisation du VIH a un impact positif sur la prévention du VIH et plusieurs études ont souligné que cette approche peut surtout compromettre les efforts de prévention. En plus, ces études critiques sur la criminalisation du VIH montrent que cette approche peut avoir des effets néfastes, notamment en renforçant la stigmatisation et en décourageant les tests de dépistage.

Pour éliminer la transmission du VIH, nous devons éliminer les obstacles : assurer l’accès à l’information sur la santé sexuelle pour tous·tes, réduire les barrières à l’accès aux soins (dont les coûts), offrir un soutien adéquat à l’adhérence et éliminer la stigmatisation qui nous réduit au silence quand les conversations ouvertes sont pourtant nécessaires. La criminalisation de la non-divulgation du statut de séropositivité au VIH ne fait rien de tout cela et contribue à un contexte qui stigmatise davantage le VIH.

C’est le pire instrument à déployer dans notre lutte pour éliminer le VIH comme enjeu de santé publique.

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